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Bribes de vies passées

Comme vous le savez sûrement, cet endroit n’a pas toujours été chez moi. En fait, pour être honnête, au cours des trois dernières années je me suis éparpillé un peu. Après avoir lu mes écrits d’ailleurs, je me suis rendu compte que certains textes me touchaient encore. Certains pour leur style littéraire, d’autres pour le souvenir qu’ils évoquent. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’en sélectionner quelques-uns et de leur laisser une petite place au chaud ici. Il s’agit du seul endroit où des bribes de mes vies passées sont disponibles.

25 Juin 2006:
Angoissante proximité
Les lumières bougent dans tous les sens. La musique envahi mes oreilles. Elle est devant moi. Elle danse, chante, a du plaisir. Il y a beaucoup de monde. Elle est proche de moi. Je peux sentir ses cheveux. Son corps frôle le mien. Fait-elle par exprès? Son parfum envoute mes narines, sa silhouette charme mes yeux, sa peau touche la mienne. M’invite-t-elle à la rejoindre dans la danse? Non, il y a juste trop d’individus dans la pièce. Malgré tout, elle ondule au son de la cacophonie régnant. Quelqu’un passe. Cet inconnu brise, le temps d’une seconde, le contact entre nous deux. Elle ne s’en rend même pas compte. J’angoisse. L’inconnu disparaît le contact revient. J’angoisse encore plus. Elle me fait trop d’effet et je n’aime pas ça. J’aime trop ça. Ce n’est pas bon. Elle se retourne quelques secondes, me sourit. Je fonds. Elle m’a vu rougir? Non c’est impossible, il fait trop noir. Je dois oublier que c’est elle qui m’effleure. Penser que ce n’est qu’une inconnue ne me faisant aucun effet. Comme pour empêcher à mon esprit de l’oublier, son effluve se ramène encore une fois à mon nez, mon cerveau. J’angoisse. Et puis, elle me dit qu’elle part. Je lui dis au revoir, elle disparaît au loin, me quitte. J’essaye de déceler une dernière fois son odeur mais elle est partie. Tout comme elle.

Ce n’est pas demain la veille ou je t’oublierai. Laisse moi un peu de temps s’il-te-plaît. Laisse-moi encore rêver que cette journée trop lointaine je t’ai dit oui. Que je ne me suis pas sauvé. Que je t’ai embrassé et que je suis heureux avec toi. Laisse-moi vivre mon rêve. Juste une dernière petite seconde. Après promis je t’oublie et je t’appelle pour prendre un café. Tout ça dans une petite seconde. Une seule petite seconde…

1er juillet 2006
Nouvelle improvisée
L’effet de l’alcool commençait tranquillement à se faire sentir, le paysage s’embrouillait et tout semblait tourner au tour de moi. Douce sensation qu’est celle du corps saoulé. La musique crachait des sons que je n’arrivait pas à discerner. Le temps ne semblait plus exister. Cette nuit n’aura jamais eu de début et ne connaîtra pas de fin.

Quelque chose m’effleure. Je me retourne. Une petite ondine toute mignonne m’avait rejoint. Elle semblait aussi saoule que moi. Je pris un peu de temps pour l’examiner du regard. Mais c’est qu’elle était jolie cette souris!

La vodka réchauffait ma gorge, le temps de rouvrir mes yeux, l’ondine avait disparut. Je scrutai la pièce, la repèra sur le seuil de la porte. Elle souriait toujours j’ai l’impression qu’elle m’invite à la rejoindre.

De peine et de misère, je réussi à me faufiler à travers la masse compacte d’humains. L’ondinette me prend par la main et m’entraîne à l’extérieur. Le ciel est gorgé d’étoiles. Une petite brise estivale agite les cheveux ma de ma souris. Elle approche sa bouche de la mienne et nos lèvres fusionnent.

Envoûté, j’ai l’impression de comprendre. Pour un court instant je connais tout ce qu’il y a à connaître. L’univers n’a plus aucun secret. J’ai tout vu. J’ai été partout. Je comprend. Puis, lentement elle se sépare, je veux la retenir, garder ce savoir. Elle glisse entre mes doigts. S’évapore dans la nuit.

Il ne reste qu’un souvenir, l’impression que j’ai déjà su. La conviction que je ne sais plus. Elle est partie. A-t-elle même existé? Je fixe l’immensité étoilé du firmament, j’inspire un grand coup, l’odeur du gazon fraîchement coupé se fraye un chemin jusqu’à mes narines. La brise apporte un rire moqueur à mes oreilles et, tout s’évapore dans la nuit étoilé. C’est comme ça les ondines ça vient et sa part au fil du temps, au fil du vent.

19 août 2006
Le temps m’aurait-il?
Suis-je en train de me faire avoir? M’imaginer un futur sans toi. Cette idée s’incruste doucement dans ma tête à grands coups de rationalisation. Ce salaud qu’est le temps serait-il en train de faire son œuvre? De quoi mes pensées seront-elles faite si ton souvenir qui les hantes me quitte?

Des questions encore et encore. Que du doute sans cesse. Tu glisses (tranquillement) hors de mon esprit. J’essaie de te retenir, empêcher que tu fuisses. Les blessures guérissent lentement, mais le vide s’installe. Qui viendra après? Après cette longue année à m’habituer à ta (non?) présence. Après tout ça, tu pars un peu plus chaque jour. Un peu plus je m’y fais. Un peu plus tu redeviens « normale ». Ton piédestal que mon cerveau t’avait construit s’érode. Un peu comme le rocher grugé par l’eau salée de la mer.

J’imagine que je suis à la croisée des chemins, j’imagine que je peux encore reculer, revenir en arrière, si je le veux. Si tu le veux, un jour peut-être. Debout, je regarde autour de moi. À me demander quelle direction prendre. À douter sans cesse. Tout de même, à moins douter de toi. Tu reste présente, mais comme quelque chose qu’on a oublié. Comme un « à quoi je pensais déjà? »

Est-ce possible? Je le vis, je le vois, mais j’ai bien du mal à y croire. Rien ni personne n’a pris ta place. C’est bien pire, juste un goût d’amertume. Un goût dur à avaler. L’impression d’avoir tout raté et d’avoir (encore une fois) tout à recommencer. C’est difficile.

Te revoir humaine, te revoir sans cette pensée, cette idée. Te revoir, point.

J’ai l’impression d’écrire la même chose depuis le début. Peut-être. À vrai dire, je m’en fou un peu. Ce texte, il est pour moi et moi seul (bah, un peu pour toi aussi, mais à peine.) Vous pouvez le lire, mais il ne vous appartient pas!

Le temps qui passe, putain que c’est angoissant. C’est angoissant fixer le vide que tu laisses. Mais ne crois pas tes pouvoirs disparus, un seul mot « ambigu » et ma machine à fabulations recommencerait à s’emporter, s’emballer. Pour l’instant, elle est au repos. Et ça me fait foutrement peur! C’est comme ça quand quelqu’un fait de l’effet comme tu m’as fait (au passé, vraiment? Tout de suite?)

Quand la poussière commence à retomber, on voit comme c’est grand le vide. Un seul petit mot…

Ce texte, il dormait depuis quelques mois dans mon disque dur. Je l’avais écrit en prévision… En prévision de la journée où ça arriverait. Je sais pas pourquoi, mais ce matin s’est arrivé. J’y ai réfléchi et je pense que c’est le temps de le publier. Est-il exact? Mmmmouais, sans doute… C’est ça le temps (ce salaud) il est sournois. On le croit loin et « paf! » il nous colle une baffe en pleine figure.

Comme ça, par un beau matin d’été qui s’achève, pendant que je sirotais un café en fixant le lac. Ça doit être l’air de la campagne. Je suis en gars de ville, la campagne, ça me fais pas!

10 septembre 2006
Entre l’instinc et la raison
Une petite ondine la tête dans les vapeurs euphorisantes est venue loger sa tête dans le creux de mon cou et ses bras autour de moi. Tout doucement elle me susurre à l’oreille : « Tu sais, j’embrasserais vraiment quelqu’un ce soir. »

Petit ange, petit diable apparaissent à mon esprit.

Petit diable : « Vas-y, c’est un coup facile. Tout cuit dans le bec! »

Petit ange : « Tu sais que ce n’est pas elle qui parle, c’est la fumé environnante, souhaite lui bonne nuit et éloigne toi. »

Petit diable : « Mais non! Tu ne sais pas quand une occasion pareille se présentera de nouveau il faut en profiter maintenant. En plus elle est plutôt mignonne! »

Moi : « Tu sais quoi ondinette? Je pense que c’est le temps pour toi d’arrêter l’alcool et la brume qui te rend heureuse. Ça ira mieux demain… »

Je suis vraiment un bon gars. Trop? Nah! Je me serais senti mal après les faits si j’en avais profité. Mieux être seul dans son lit l’esprit en paix qu’accompagné et plein de remords. J’ai donc un lit pour moi tout seul cette nuit…

8 octobre 2006
Kessé tu fais là ?
Moi dehors, couché dans les feuilles mortes de la cours de ma maison du petit quartier de banlieue qui m’a vu grandir, à fixer la lune.

Ma sœur : « Késsé tu fais la? »

Moi : « Rien »

Ma sœur : « Rien? »

Moi : « Je regarde le temps qui passe si tu veux tout savoir »

Ma sœur : « Voir… t’en a du temps à perdre »

Moi : « Non justement, j’en profite. Le temps est une denrée rare en ce moment dans ma vie »

Ma sœur : « T’es bizarre »

Moi : « Peut-être »

Ça fait du bien regarder le temps défiler. Il passe tellement vite que l’apercevoir, même le temps d’un clignement d’œil, ça réconforte.

21 novembre 2006
Souvenir oublié

Nous sommes en mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf et du haut de mes treize ans je crois connaître tout ce qu’il y a à comprendre de la vie. À la course, je gravis les cinq étages me séparant de mon premier cours d’histoire. Le souvenir de l’été qui vient de se terminer est encore trop frais à ma mémoire et la dernière chose dont j’ai envie est de me faire régurgiter des dates historiques, des noms de grands hommes et des pays lointains à me souvenir. J’ai treize ans, je suis en secondaire deux au sommet du monde et toute cette matière indigeste ne me servira à rien, j’en suis persuadé!

De peine et de misère, je réussis (probablement grâce à une intervention divine) l’exploit d’arriver presque à l’heure au cours. Timide, je cogne à la porte. Une voix éloignée me dit qu’elle n’est pas verrouillée et m’invite à trouver une place. Un peu troublé par le regard de mes contemporains, j’essai de me faire oublier le plus rapidement possible. Sur le bureau du maître, un objet improbable attire mon attention. L’esprit rationnel qui m’habite me dit que ça ne peut être un vrai. Personne ne peut amener un crâne humain dans une classe, même pas le professeur!

Je réalise que je ne suis pas le seul étudiant à dévisager cet objet. En fait, la grande majorité de la classe ne porte pas attention au discourt de l’instituteur.

« Je ne peux m’empêcher de voir que vous avez remarqué ce que j’ai laissé sur mon bureau. L’expérience me dit que vous vous demandez s’il s’agit d’un vrai n’est-ce pas? Pour répondre à vos interrogations, oui c’est bien un vrai. Maintenant, d’ici à ce que j’y arrive, je vous demande de rediriger votre attention vers moi.»

Encore plus intrigué, je redirigeai tout de même mon attention vers lui. Je dois avouer que le contenu de ce cours a depuis longtemps glissé hors de ma mémoire. Le temps faisant ce qu’il fait de mieux, il a érodé ce souvenir, ne laissant transparaître que les vestiges de ce qui fût jadis le moment présent. J’imagine qu’enfoui très profondément dans les méandres de mon esprit, sous une bonne couche poussiéreuse d’expériences passées, se trouve le récit intact de cet après-midi vécu à la fin du mois d’août il y a de ça sept automnes.

Enfin, revenons aux choses dont je peux me souvenir. Vers la fin de la période, notre enseignant prit le crâne entre ses mains. En premier, il posa un regard lourd sur nous, la classe. Ensuite, en manipulant la mâchoire de haut en bas et en revêtant une petite voix se voulant humoristique il fit dire bien des calomnies à ce paquet d’os. La réaction fut immédiate, un fou rire généralisé se répandit dans tout le local. Quand le calme revint monsieur [CENSURÉ] reprit son regard lourd et nous fit un discourt qui me marque encore aujourd’hui.

« Moi aussi, les premiers temps que je l’ai eu, j’ai bien ri. Je me suis payé sa tête! » Bien sûr, le fou rire a recommença avec ce jeu de mots. « Un jour, je l’ai regardé. Je me suis dit que ceci avait déjà été une personne. Il avait déjà porté un nom. Ce crâne qui nous fait bien rire à déjà eu un corps. Il a probablement aimé. Il a pleuré. Il a vécu. Ce que je tiens dans mes mains, c’est tout ce qu’il reste d’une vie. Une vie complète. Tout ce que je sais sur lui c’est qu’il est né à la fin du 19e siècle. Je tiens tout ce qu’il reste d’une vie dans mes mains. Vous ne trouvez pas ça un peu triste quand on y pense bien? »

Sur ces paroles, la cloche salvatrice sonna et nous nous dispersâmes tous aux quatre vents.

Ce cours, je crois qu’il m’a fait remarquer pour la première fois de ma jeune vie à quel point je n’étais rien. Je n’avais QUE treize ans et étais « as far as I can get » du sommet du monde. Une nouvelle réalité s’ouvrait à mes yeux et je crois que c’est cette réalité qui me fit devenir ce que je suis aujourd’hui. Ce que j’aspire à être demain.

Se souvenir, ça fait un petit bout qu’il est revenu à mon esprit. Je ne savais juste pas comment vous le faire partager. Je crois que c’est le genre d’expérience de type « il fallait y être pour en prendre plainent conscience » J’ai fait de mon mieux et j’espère avoir réussit à vous transmettre ne serait-ce qu’une infime partie de l’atmosphère qui régnait cette journée dans la classe 2F du collège [CENSURÉ]

10 décembre 2006
Le rat des villes, la fée des champs
Vous connaissez les grandes villes pourries? Vous savez, ces villes froides, anonymes. Ces villes où les gratte-ciel et le béton trônent à perte de vue. Ces villes qui bloquent même le bleu du ciel ne laissant transparaître qu’un nuage gris de pollution omniprésent dans l’atmosphère, dans le cœur de ceux qui habitent ces grandes citées. Alors, vous les connaissez?

Lui, c’est dans une ville comme celle-là qu’il était né et c’est dans une ville comme celle-là qu’il voulait mourir. Les grands espaces le lassaient et l’air pur lui brûlait les poumons. Le fait de ne pas voir l’horizon le réconfortait et toujours être entouré de béton lui faisait oublier l’étendue de ce monde versus la petitesse de sa vie.

Il disait à qui voulait bien l’entendre que ce qu’il aimait le plus était l’anonymat des grandes villes. Ce genre de bouillon urbain où toutes les cultures et les origines se mélangent pour former un tout homogène. Le tourbillon continu et le bruit ubiquitaire des grandes cités où tous les extrêmes y sont présents. Du grandiose au minable, de la sagesse à la décadence. Et nous, au cœur, ne demandant rien de mieux que d’embarquer et de se laisser porter par la vague ambiante. On peut y passer toute une vie sans jamais connaître le nom de son voisin. D’ailleurs, il trouvait qu’il s’agissait là d’un des plus beaux paradoxes. Pouvoir être entouré de millions de personnes sans toutefois en connaître une.

Il menait une vie simple, presque routinière. Préférant rêver sa vie plutôt que de la vivre. Les aventures, c’est dans les livres qu’il lisait qu’elles se passaient. Ensuite, quand la monotonie de son existence devenait trop lourde à porter, au lieu de changer, de partir, il s’installait devant un écran blanc qu’il remplissait de mots. Inventant des personnages, des situations et des paroles qu’il n’aurait jamais le courage de dire ou de vivre dans cette chose appeler la réalité. Passant son temps à remettre tout à demain ce disant qu’il avait la vie devant lui. Mais les années avaient passé tout comme son adolescence et à l’aube de la vie d’adulte, il sentait que tout ce qu’il avait pu accumuler sous le tapis de son existence allait bientôt lui revenir à la figure. Pour les femmes, c’était pareil. Sous une carapace de gentilhomme, il cachait une timidité hors du commun. Au fil des ans, il avait réussi à la maquiller, à l’amoindrir, mais il savait que cette coquille était si fragile qu’elle pouvait se fracasser à tout moment. Il avait bien fréquenté quelques donzelles ici et là, mais à chaque fois elles avaient dû faire les premiers pas. À chaque fois (ou presque), lorsqu’elles voyaient qu’il figeait, elles avaient dû dire « tu sais, tu as le droit de m’embrasser » et seulement là, sachant qu’il ne serait pas rejeté, il pouvait s’abandonner totalement. Cette peur du rejet l’obsédait, l’empêchant de prendre des risques, de se lancer, de vivre pleinement.

Vous connaissez les campagnes pourries? Vous savez, ces campagnes où rien ne bouge, où l’hiver est si long. Ces campagnes où l’anonymat est impossible puisque tout le monde connaît la vie de tout le monde et en discutent librement le dimanche sur le perron de l’église. Alors, vous les connaissez?

Elle, c’est dans une campagne comme celle-là qu’elle était née et c’est dans une campagne comme celle-là qu’elle voulait mourir. Les grands espaces l’émerveillait et l’air pur ravigotait ses poumons. Voir l’horizon à perpétuité, être entourée d’arbres matures lui rappelait la petitesse de son existence versus l’étendu de ce monde.

Elle disait à qui voulait bien l’entendre que ce qu’elle aimait le plus était la chaleur des petits patelins. Cette communauté tricotée serré comme on dit chez elle. Savoir que ce n’est pas le nombre qui fait la force mais l’entraide et l’implication de tous et chacun. Pouvoir communiquer, ne faire qu’une avec la nature tout simplement en regardant un paysage à couper le souffle qu’aucun hommes ne pourra jamais imiter. C’est tout ça qu’elle aimait.

Elle aimait mieux vivre que rêver. La vie, ça doit se passer au jour le jour disait-elle souvent. Quand son corps lui demandait un moment de repos, elle se réfugiait dans un livre. Les histoires qu’elle lisait inspiraient les péripéties prochaines de sa jeune vie.

À l’aube de sa vie adulte, elle avait vécut beaucoup plus que bien de ses contemporains. Même avec les hommes elle n’était pas gênée. Quand un l’intéressait, elle ne comprenait pas ce petit jeu de la séduction. Quelle perte de temps! Pour elle, l’amour c’était comme le reste, au jour le jour. Aujourd’hui c’est comme cela et demain est un autre jour.

Sa dernière idée d’aventure, apprivoiser une de ces grandes villes dégueulasse. Quitter cet endroit tant aimé pour aller se dépayser en « terra incognita ».

Elle ignorait toujours comment elle se débrouillerait mais elle savait qu’elle le regretterait toute sa vie si elle n’y allait pas…

La suite, vous la connaissez? Bien sur que vous la connaissez! Cette histoire c’est l’histoire de tout le monde et de personne. C’est l’histoire de deux âmes à l’opposées l’une de l’autre qui se rencontrent. C’est l’histoire de deux mondes qui s’entrechoquent. De deux réalités incompatibles qui tentent de coexister.

Vous le savez bien, cette histoire, elle a été écrite des milliers de fois au cours des siècles. Vous savez aussi qu’un récit si peu original que celui que vous êtes en train de lire ne serait pas complet sans ce prévisible amour impossible.

Bien sûr qu’il tombera amoureux d’elle! Il aimera sa différence. Elle est tout ce qu’il n’est pas et ne sachant pas comment l’assimiler, comment la comprendre, son cerveau lui enverra aussitôt ce signal qu’est l’attirance.

Pourquoi perdre du temps à l’écrire, vous le savez déjà. À chacun de ses sourires, il deviendra tout petit, à chaque fois qu’il entendra sa voix au loin son cœur se serrera, à chaque fois qu’il verra ses yeux, il croira apercevoir un peu de l’étendue si vaste de l’océan qui l’a vu grandir.

Vous savez aussi qu’étant comme il est, il n’aura jamais le courage de lui avouer. Vous savez ce qu’il fera? Il s’installera devant un écran blanc qu’il remplira de mots. Il inventera des personnages, des histoire, des situations. Il inventera une vie qu’il n’oserait jamais avoir. En regardant le ciel gris par la fenêtre, il se dira qu’il est mieux de ne jamais rien essayer plutôt que de risquer de se faire mal…

24 décembre 2006
La suite
De gros flocons de neige tombaient sur la ville endormie. Les décorations de Noël illuminaient les rues les transformant en arc-en-ciel de lumières multicolores. Peu importe le charme certain que cela procurait, il ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir. Il ne pouvait s’empêcher de penser que cette ville serait toujours aussi sale peu importe le maquillage, le manteau qui pourrait bien la recouvrir. Le froid n’arrivait même pas à sécher ses yeux et de grosses larmes coulaient de chaque côtés de ses joues. Il n’essayait même pas de les dissimuler, à quoi bon?
Tout ce bruit, ce béton, il ne pouvait s’en passer. Pourquoi? Cet endroit qui l’avait vu grandir, cet endroit qu’il aimait tant, comment ne pouvaient-ont pas trouver cette démesure aussi attrayante?
C’est tout cet amour du béton qui avait, à elle, fait peur. Elle ne comprenait pas. Au lieu de sauter dans l’inconnu, au lieu d’essayer, elle avait tout simplement détourné les yeux quand il la regardait. Ne laissant qu’un vague ouïe dire, un écho glissé à son oreille bien des heures après son départ.
N’importe quelle personne sensée aurait abandonné cette pollution, ce bruit, bref, l’amour de cette grande cité pour une ondine comme elle. Pas n’importe qu’elle ondine, la fée des champs, la princesse des grands espaces. Tout ce que lui n’est pas. N’importe qui, mais pas lui. Peu importe la donzelle, l’amour de l’acier, pourtant si froid, n’avait pu se dissiper.

Dans sa tête, les espoirs allumées par ses pairs et les différentes coïncidences s’éteignaient les uns après les autres ne laissant transparaitre que les vestiges, les ruines de ce qui avait été naguère un feu brulant.
Les premières lueurs de l’aube commençaient à faire leurs apparitions. Le ciel enneigé de la veille faisait place à un soleil éclatant. Un peu triste, il regarda la métropole, sa métropole s’éveiller tranquillement prêt à affronter une nouvelle journée, aussi impitoyable soit-elle.
Avant de s’enfoncer sous terre dans une bouche de métro, il fixa une dernière fois les immeubles.

« Me revoilà sur terre », murmura-t-il à lui même avant de disparaître.

30 décembre 2006
Ça passe tellement vite 365 jours
Pour moi, 2006 aura été une année pleine de rebondissements…

J’ai construit les fondations pour 2007 et probablement 2008. Je me suis cherché, je me suis (un peu) trouvé.

Cette année aura commencée à Toronto pour se terminer à Montréal.

2006 aura marqué la fin d’une longue période de questionnement. J’aime bien la (relative) stabilité issue de ces intérogations.
Bonne année! Je vous souhaite tout ce que vous désirez

15 janvier 2007
L’appel des corps
Deux corps bouillants se perdant dans un infini de caresses.

Souffles en cadence, chante le plaisir qui nous consume.

Nos mains parties en voyage à la recherche de trésors enfouis dans les recoins les plus sombres de nos planètes respectives.

Brûlantes, nos lèvres se cherchent pour fusionner en une douce étreinte apaisante.

14 mai 2007
Fermons les régions !
J’ai écrit ça pour le journal de l’école, je voulais le partager. Bien sûr, il faut le prendre avec une (petite) dose d’humour!

Me définissant comme un ardent défenseur de l’urbanité, je crois qu’il est important de militer pour la fermeture (complète ou partielle) des régions de notre grand Québec. Je ne dis pas qu’elles sont totalement inutiles mais soyons honnêtes pour un instant, les petits patelins si charmants qui poussent sur le bord de nos autoroutes coûtent plus que ce qu’ils n’apportent.  Imaginez un instant, Montréal, mégapole québécoise. Une grande ville de 7 millions d’habitants regroupant tous les services, la culture et la diversité présente dans notre province. Une ville capable de rivaliser en nombre avec New York, Paris ou même Londres. Notre cité reprendrait enfin sa place de plus grande ville canadienne faisant ainsi un pied de nez au Canada anglais et tout particulièrement à Toronto.

Quand on y pense, la population de la Gaspésie et de son appendice que sont les îles de la madeleine pourrait être transférée dans un beau grand gratte-ciel en verre de trente étages au centre-ville. Un 4 ½ pour tout le monde, imaginez l’aubaine! Il serait possible de faire de même pour le Saguenay Lac St Jean, l’Abitibi, les Laurentides, etc. Et Québec? Non, ils peuvent rester. Il n’y a rien à faire avec eux…  Ceux qui me brandiront l’argument de la beauté je vous répondrai du tac au tac que pour les quelques touristes Français qui apprécient l’aspect « rustique » de ces régions, il ne suffit que de les rouvrir durant la haute saison, de mai à octobre. La seule vraie époque où ces trois vaches et les quelques arpents de verdure sont vraiment rentables à la société.

En plus, imaginez le nombre d’emplois saisonniers pour nous les jeunes. Toutes ces régions à dynamiser le temps d’un été ! L’argent du tourisme servirait premièrement à rendre « l’attraction » autosuffisante et les profits engendrés seraient rétribués à la ville centrale. Pour la première fois depuis bien longtemps les régions pourraient dire qu’ils apportent plus de richesse à la métropole qu’ils n’en reprennent. Les anciens habitants de ces villages auraient de quoi être fier.

De plus, dans un Montréal ville unique, il serait possible de centraliser l’argent et, par le fait même,  réaliser de grandes économies. Cet argent disponible pourrait être réinvesti dans l’éducation, la santé ou la culture. Le Musé des beaux-arts pourrait enfin faire partit de la liste très sélecte des grands musés. Nous pourrions parler de lui comme nous parlons du MET, du Louvre ou du British musem. Sans tous ces grands espaces inoccupés à entretenir, imaginez les possibilités!

Le fossé Montréal versus les régions est sur toutes les lèvres depuis quelque temps. Particulièrement depuis les dernières élections. Au lieu de cultiver cette parité, voir l’encourager pour certains, ne serait-il pas plus logique de se regrouper et de cultiver une vision commune du Québec, notre Québec ! Une vision englobante, qui redonne le goût de se battre pour une idéologie, pour une reconnaissance, pour un pays.

7 juin 2007
L’art du diachylon
L’arrondissement Ville-Marie a commencé à faire appliquer sa réglementation interdisant les chiens dans deux parcs du centre-ville hier. Il ne faut pas être un fin stratège pour comprendre que le but ultime de cette loi est de déloger les « personnes non désirées » du centre-ville. Elle s’inscrit dans une foulée de mesures mise en place pour atteindre cet objectif. On se souviendra il n’y a pas si longtemps la fermeture systématique de tous les parcs du centre-ville la nuit et l’engagement ferme de faire appliquer l’interdiction de pratiquer aux « squigies » dès cet été.

En agissant de la sorte, la ville préconise des actions à court terme ne réglant en rien le problème chronique qu’est l’itinérance. En fait, elle ne fait que marginaliser encore plus des personnes déjà très marginales.

Montréal n’est pas la première à essayer cette solution. D’autres grandes villes comme New York, Paris ou Londres sont passées par là. Dans tous les cas, le résultat est le même : désastreux! La seule chose à laquelle il est possible d’assister est un déplacement systématique de la population itinérante vers d’autres lieux.

Ce type de population a toujours existé et je crois qu’il est plausible d’affirmer qu’elle existera toujours. Oui, parfois, ils peuvent être gênants. Ils enlèvent aux touristes la belle image de carte postale achetée dans la petite boutique de la rue Saint-Paul entre le totem amérindien et le classique chandail « I’m with stupid _________ in Montreal » mais une grande ville ce n’est pas que des gratte-ciel, des musées ou de jolis bâtiments historiques.

C’est aussi des gens. Des gens de différentes cultures et origines. Au lieu d’essayer de chasser certains citoyens, ne serait-il pas plus logique d’éduquer? Apprendre à cohabiter en harmonie et trouver de nouvelles solutions pour aider les personnes qui en ont vraiment besoin.

Avec sa solution improvisée, les gens nouvellement expulsés ne feront que développer une colère qui à la longue, j’en suis persuadé, ne manquera pas d’exploser. J’ai bien hâte de voir la prochaine manifestation contre la brutalité policière et de la casse classique qui s’en suit. Qui veut parier qu’elle sera plus importante la fois suivante?

La solution avancée par la ville équivaut à mettre un diachylon sur une fracture ouverte, pas très efficace!

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